Sébastien Thiéry

Après sa formation au cours Florent et au Conservatoire Supérieur d’Art Dramatique, Sébastien Thiéry tourne notamment dans des films de Bertrand Tavernier, Gérard Jugnot, Alain Chabat, Jean-Michel Ribes, ainsi que des téléfilms de Josée Dayan, Laurent Heynemann, Philippe Béranger et Denys Granier-Deferre.

A 30 ans, il se met à écrire pour le théâtre. Son premier texte, Sans ascenseur, est mis en scène par Jean-Michel Ribes au Théâtre du Rond-Point en 2005. Il joue lui-même dans sa propre pièce, comme il le fera dans la plupart des suivantes. Puis, il écrit La Fâche, également mise en scène au Théâtre du Rond-Point, par Gilles Cohen, en 2005, et Dieu habite Düsseldorf, montée au Théâtre des Mathurins par Christophe Lidon, en 2006. Cette pièce, combinée à Sans ascenseur a donné naissance à Tilt !.

Auteur et interprète de la série sur Canal+ Chez maman, il en écrit trois cents épisodes entre 2004 et 2005. Il tourne également des caméras cachées pour l’émission de Stéphane Bern sur la même chaîne : La Vie de Sébastien Thiéry.

Il se remet à écrire pour le théâtre en 2007 et Cochons d’Inde est mis en scène par Anne Bourgeois au Théâtre Hébertot, obtenant le prix Barrière en 2008 et deux molières en 2009 (Meilleur comédien pour Patrick Chesnais et meilleure pièce comique). En 2009, Qui est Monsieur Schmitt ? est mis en scène au Théâtre de la Madeleine par José Paul, avec Richard Berry dans le rôle principal. Deux ans plus tard, ce dernier met en scène et joue Le début de la fin au Théâtre des Variétés aux côtés de Jonathan Lambert, tandis que Sébastien Thiéry, qui reste comédien, joue dans Courteline, Amour noir, mis en scène par Jean-Louis Benoit au Théâtre de la Commune, puis en tournée. En 2012, c’est Bernard Murat qui met en scène Comme s’il en pleuvait au Théâtre Edouard VII, avec Pierre Arditi et Evelyne Buyle dans les rôles principaux.

Fidèle à la tradition des auteurs-acteurs, il revient sur scène dans L’Origine du Monde en septembre 2013 au Théâtre du Rond-Point, confiant la mise en scène de cette pièce à Jean-Michel Ribes.
En décembre 2013, on le retrouve également dans Tilt ! au Théâtre Poche Montparnasse aux côtés de Bruno Solo.
En Septembre 2014, il est à l’affiche de Deux hommes tout nus, au Théâtre de la Madeleine mise en scène par Ladislas Chollat qui dirige également Momo avec Muriel Robin et François Berléand en Septembre 2015 au Théâtre de Paris.

En 2017, Stéphane Hillel met en scène Ramsès II aux Bouffes Parisiens.

SEBASTIEN THIERY VU PAR LES AUTRES

Pierre Arditi : « une vision tragique du monde »

« J’aime ce qu’il y a d’héritage du théâtre de l’absurde dans la manière d’écrire de Sébastien Thiéry. Je dirais qu’il y a quelque chose de très ionescien dans sa façon de saisir cet absurde : il installe des situations
complètement folles, on en rit beaucoup, mais ce ne sont pas simplement des situations “pour” faire rire. Il y a en lui beaucoup plus : un regard féroce, sombre, sur le monde, notre société et plus largement, notre condition. Il ne s’agit jamais simplement de farces, mais d’une manière de débusquer dans la société, l’absurdité, le non-sens, les impasses. En fait, sans emphase, on peut dire qu’il a une vision tragique du monde […]. Cette vision apocalyptique, dégage les mécanismes qui nous oppressent, qui nous oppriment, nous permet de les voir, de les comprendre. […] Ce qui est impressionnant dans la pensée de l’auteur, c’est qu’il n’y a pas d’élément modérateur. Quelqu’un déchire l’enveloppe et nous sommes face à ce que nous pouvons contenir de médiocrité, de vulgarité, de faiblesse, voire l’ignominie. On est souvent très peu recommandable… »

Jean-Michel ribes : « un dadaïste »

« Indéniablement, Sébastien Thiéry a un chromosome d’insolence et de folie que la plupart des gens
n’ont pas. Il est à la fois drôle, insaisissable, provocateur, et en même temps tendre. Il a en lui un petit
fond tragique qu’il s’efforce sans cesse de cacher derrière des répliques irrésistibles. Il occupe une place
très singulière dans le paysage dramatique actuel : son théâtre n’appartient ni au boulevard ni au “théâtre
punition” réservé à quelques spécialistes qui s’assoupissent en le regardant. Si je devais l’apparenter à un
mouvement, je dirais que sa spontanéité a quelque chose à voir avec le dadaïsme. »

Philippe Tesson : « un bâtard de Dubillard »

« L’univers de Sébastien Thiéry nous est très familier. Il y a plus d’un demi-siècle qu’il a fait irruption dans
le théâtre français. On peut même remonter plus loin, si l’on veut. L’incohérence du langage n’est-elle
pas née avec Labiche ? Avec Henry Monnier même, qu’on ne représente plus jamais. Et au XXe siècle,
entre les deux guerres, surréalisme aidant, on ne s’est pas privé de jouer avec les mots. Mais c’est dans
les années 50 que les choses devinrent sérieuses. Il ne s’agissait plus seulement de libérer les mots de
leur sens pour faire rire le public aux dépens des bourgeois, il s’agissait de se servir des mots pour
montrer que rien n’avait plus de sens. La guerre avait fait franchir un pas à l’absurde. L’absurde n’était
plus seulement le contraire de la raison et le synonyme de l’extravagance, l’absurde devenait ce qu’aucune
fin dernière ne justifie. C’est de la condition humaine qu’on découvrait l’absurdité, et du même coup celle-ci gagnait ses lettres de noblesse philosophique. Beckett était né, et Adamov, et Ionesco. Sébastien
Thiéry n’est pas leur petit-fils, parce qu’il n’a pas la tripe philosophique, mais il est de la famille. Par alliance.
Puisqu’il faut toujours des références, on dira : une sorte de bâtard de Dubillard. Entre les Grégoire et Amédée de ce dernier et les “messieurs” de Thiéry, il y a des parentés : le dialogue plonge dans les
mêmes gouffres et les victimes ne parviendront jamais à remonter à la surface, elles n’ont pas de cordes,
elles n’ont pas de muscles, pas de chance, elles sont laissées pour compte. Victimes. C’est l’humanité de
Sébastien Thiéry qui nous touche. Son archétype est un médiocre, un timide, un petit, un “inapte” comme
dit l’auteur, improductif mais inoffensif, jamais en révolte, et qui n’a pas sa place mais qui cherche à la
trouver, qui cherche à être comme les autres, qui cherche de l’affection, du travail, de la reconnaissance,
un ami, un père, quelqu’un capable de partager sa tristesse. Avec ces ingrédients-là, qui sont de l’ordre
du tragique, certains, illustres, ont porté la transcendance au niveau du chef-d’œuvre. D’autres ont plus modestement cultivé la dérision. La veine très personnelle de Sébastien Thiéry ne cède pas davantage
à la prétention qu’elle n’emprunte au mépris. Il dit simplement la vérité de la misère des hommes, une
misère paisible et sans espoir, une détresse supportable. La vie comme un désert. Il le dit sans effets, et
tranquillement, et pour faire rire le plus grand nombre, de telle sorte que le plus grand nombre s’y
retrouve. Sébastien Thiéry vulgarise l’absurde. »

Florian Zeller : « un humour kafkaïen »

« La critique a souvent évoqué, pour définir son univers, le nom de Kafka. Derrière ce nom, il fallait comprendre
 : construction labyrinthique, goût du paradoxe, penchant pour l’absurde. Certes. Mais il y a
surtout une dimension, chez Sébastien Thiéry, qui est très kafkaïenne : c’est l’humour. Kafka n’est pas un
auteur profond, mais comique. La profondeur ne vient qu’ensuite, souvent par accident. […] Il ne faut
chercher aucun esprit de sérieux chez Sébastien Thiéry, sous peine de ne pas comprendre son projet.
Voilà ce qui, à mon sens, le rapproche de Kafka. »

Ces textes sont extraits des parutions de L’avant-scène théâtre consacrées aux œuvres de Sébastien Thiéry.